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Source :
Région Limousin / Rédaction La Navette
Date de mise à jour : 03/01/2011
La filature de Rougnat, en Creuse, n'est pas une toute jeune entreprise... Elle est née dans les années 1880 à un moment où l'activité textile se développait dans le département – vers la même époque naissaient aussi la filature Terrade de Felletin , toujours en activité, et d'autres comme la filature de la Noisette à Auzances (aujourd’hui disparue) ou la filature Plassard en Saône-et-Loire. Aujourd'hui l'entreprise vit un renouveau après une période difficile.
Après la mort de Monsieur Fonty au début des années 1990 et un intérim de deux ans assuré par sa veuve, la filature Fonty est vendue à des financiers qui gèrent la filature sans état d’âme. Des difficultés économiques apparaissent, son avenir est hypothéqué et en 2006 elle dépose son bilan. C'est alors que quatre actionnaires décident de racheter l'entreprise. « La filature avait une excellente image vis à vis de ses clients » raconte l'un d'eux. C'est ce qui décide deux entreprises « collègues et concurrentes », la filature Terrade et la société Aznar-Plassard, ainsi que deux de ses plus gros clients, à sauver l'entreprise. Une entreprise qui a une taille critique, comme l'explique Jean-Denis Aznar, le premier gérant qui a aujourd'hui cédé sa place à une jeune femme, Aline Grandjean : « On est entre l'entreprise artisanale et l'entreprise industrielle ». De fait, avec 14 salariés, un chiffre d'affaires de 900 000 € (dont 15% à l'exportation) et une activité qui se décline à 70% sur la fabrication de fil à tricoter à la main vendu dans un réseau de 200 à 250 boutiques, à 20% sur la fabrication de fil pour du tricotage artisanal ou industriel et du fil tapis, à 10% sur du travail à façon pour des éleveurs qui demandent qu'on transforme leur laine en fil, la filature de Rougnat est loin d'être une entreprise artisanale.
Pour Jean-Denis Aznar et les repreneurs, il ne fait pas de doute que l'identité de la filature, sa bonne réputation et son réseau de clientèle sont des atouts qu'il faut valoriser. Pour cela il faut développer une démarche écologique qui soit la plus transversale possible : « On essaie d'être le plus clean possible à tous les niveaux », une éthique que l'entreprise résume sur son site
qui en quatre points :
« Ecologie : nous favorisons les matières naturelles, nos fils sont fabriqués près de chez vous. « Favoriser le local : faire travailler la Creuse pour des produits consommés en France (commerce équitable et développement durable).
« Participer aux initiatives locales pour une revitalisation du département.
« Circuit court du producteur à l'industriel, à l'artisan, au commerçant. »
Exemples : tous les produits synthétiques ont été bannis de l'ensemble des articles (sauf un) et les processus de production ont été rendus les plus propres possible avec l'introduction de produits biodégradables. La filature de Rougnat affirme son attachement à sa commune, à son département et à sa région. La base line de Fonty est passé de « tricoter l’amour », jugée un peu glamour, au « Made in Creuse ». Les chercheurs d’emploi de la commune sont reçus en priorité et d’une façon générale toutes les actions suggérées ou suivies par la filature sont locales.
Pour atteindre ces objectifs, la filature a deux maître mots : impliquer et associer. Un programme qu'elle décline avec une association et... un projet de troupeau de moutons noirs.
Commençons par ce qui paraît le plus « classique », mais qui déjà ne l'est pas vraiment. En janvier 2010, l'association Eco-partenaires Fonty est créée avec un soutien financier du Conseil régional dont l'objectif est d'aider les entreprises textiles dans leurs efforts environnementaux. Un objectif qu'il est pour le moment difficile de faire reconnaître comme d'intérêt général par les services fiscaux de façon à pouvoir faire bénéficier de déduction d'impôt les donateurs (fournisseurs ou clients, mais aussi élus, pêcheurs, riverains, etc.). Mais le projet vise plus loin : « A terme, explique Jean-Denis Aznar, les salariés seront invités à entrer dans le capital de la société, qui, fusionnant avec l'association, pourrait se transformer d'ici deux ans en Société coopérative d'intérêt collectif
.» Bref, il s'agit de faire de la filature une sorte d'entreprise de développement local et participatif...
Un autre projet en cours illustre aussi bien l'esprit de la maison. Aujourd'hui l'entreprise s'approvisionne majoritairement auprès de la fililère classique : des laines qui viennent d'Australie et de Nouvelle Zélande, via l'Italie et l'Angleterre. La filature s'approvisionne aussi pour certains articles directement en France. Elle a également mis en place, en lien avec l'association Vétérinaires sans frontières , une filière équitable pour acheter des poils de yack directement auprès d'éleveurs de Mongolie (un autre projet est en cours avec des éleveurs des plateaux andins). Mais l'idée qui trotte aujourd'hui dans la tête de Jean-Denis Aznar est beaucoup plus locale : « Comme nous ne trouvons pas de laine noire de qualité, nous avons eu l'idée d'importer des mérinos noirs du Portugal (les moutons dont la laine est la plus noire et la plus fine) et de créer ainsi des mini-troupeaux autour de la filature. » Un premier troupeau, qui servirait de troupeau de référence, devrait arriver en Creuse en mai prochain et être géré avec un agriculteur local ou un établissement d'enseignement agricole. C'est une autre association, Lainamac (Laines du Massif Central ), qui porte ce projet. Et là encore, il est fait appel à l'implication de tous ceux qui voudraient le soutenir via une souscription pour « parrainer un mouton noir ». Comme l'explique Jean-Denis Aznar : « A l'heure où il existe des problèmes d'approvisionnement en laine et où la demande est en très grosse augmentation, monter une micro-fililère, ça peut être très bien dans cet univers chahuté. »